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samedi 20 octobre 2018

#CHRONIQUES A la place du coeur saison 3 - Arnaud Cathrine

"on n'a pas épuisé un millième du monde "
p.168

A la place du cœur saison 3 - Arnaud CATHRINE
Editions Robert Laffont, collection R
289 pages - 16,50 euros



J’ai lu A la place du cœur saison 3 d’Arnaud Cathrine
il a réduit mon cœur en miettes
il l’a ravivé aussi
rendu bouillant
            cru
            tendre
            prêt à être déchiqueter
pour la beauté et la vérité de l’engagement
                                               de l’amour
surtout, il remet l’écriture au cœur de l’humanité
écrire comme réflexe de survie
écrire comme pansement
écrire comme on épuiserait nos corps et nos cœurs 
une danse intense
un combat de plumes et d’encre
un sport épuisant, qui demande de la concentration et un lâcher prise sans pareil
l’écriture qui unit les pensées les actes les corps
une broderie hésitante, fil rouge, ligne de vie
un duo                                  de toi à moi de moi à toi
un partage                            de nous à eux d’eux à nous
une offrande
un terrain de jeu      qui nous irrigue toutes et tous / et nous offre un nouveau départ / un nouvel angle de vue 
une nécessité 

Caumes, Esther, Niels
Et toi, Arnaud, partout et nulle part entre les caractères noirs de ce texte,
Merci à vous pour cette fresque brûlante
                                   ce lambeau de vie
                       pour l’espoir, la crainte, l’acharnement.

dimanche 2 septembre 2018

INTERVIEW - AU COEUR DU BALLET PRELJOCAJ - NATALIA NAIDICH

Article initialement publié sur le site radio-londres.fr, le 8 février 2017. 

 
La Fresque - Ballet Preljocaj


Le nouveau ballet contemporain d’Angelin Preljocaj, La Fresque, est actuellement en tournée dans toute la France. Interview de Natalia Naidich, répétitrice au Ballet Preljocaj, avant une représentation à la Comédie de Valence.
Depuis quelques mois, Angelin Preljocaj est au cœur de l’actualité culturelle, avec la sortie de deux nouvelles créations : d’une part La Fresque, un ballet contemporain actuellement en tournée, d’autre part l’adaptation cinématographique de la bande-dessinée de Bastien Vivès, Polina (sortie en novembre 2016), dont Preljocaj est le réalisateur.
Ce que l’on connaît moins, ce sont les coulisses de cette compagnie, au Pavillon noir à Aix-en-Provence. Entre création et répétitions, la vie d’une pièce chorégraphique passe par des étapes essentielles lors desquelles Angelin Preljocaj est assisté par de nombreuses personnes. Natalia Naidich, une des répétitrices du Ballet Preljocaj, a répondu à mes questions.

A : Comment se sont passées les 1ères représentations à Aix-en-Provence ?

NN : Les représentations se sont très bien passées.
Il faut savoir qu’Angelin Preljocaj continue à travailler sur la pièce après la 1ère représentation. En général, la pièce n’est pas complétement fini le jour de la 1ère, il y a encore des petites choses à changer.
Il continue même aujourd’hui à affiner les détails, à travailler avec les danseurs sur cette pièce, mais on peut dire que la structure et le rythme de la pièce ne vont pas bouger.

A : Vous m’avez dit qu’Angelin avait déjà changé certaines choses dans la pièce, est-ce que vous en tant que répétitrice vous avez déjà ressenti le besoin de faire certaines modifications de votre côté, ou allez-vous toujours dans le sens d’Angelin ?


NN : Les situations peuvent être très différentes : il y a des situations où Angelin est là et je l’assiste, donc mon rôle est de l’aider.
Par exemple on fait un filage, on passe la pièce d’un bout à l’autre, et il me dit des choses qu’il voudrait changer, ou des corrections pour les danseurs et je les note. Et à la fin du filage, je lui rappelle ce qu’il m’a dit, on travaille avec les danseurs dans ce sens-là.
Il y a des pièces qui sont dansées des centaines de fois, donc c’est normal, il y a des petites choses qui se délavent, des rythmes qui deviennent un petit peu différent, des habitudes des danseurs à ralentir certaines choses quand c’est trop rapide, ou des gestes qui deviennent un petit peu moins précis.
Dans ces situations, les répétitrices sont un peu les gardiennes de ses chorégraphies : notre travail est de revenir, toujours, à la demande d’Angelin.

A : Pour vous, quels sont les principaux atouts de La Fresque ?


NN : Je trouve que c’est une pièce d’une grande sensibilité.
C’est un petit bijou car c’est une pièce assez courte. Les pièces d’Angelin dure entre 1h30 et 1h45, cette pièce dure 1h20. Je trouve que le rythme à l’intérieur de la pièce est très juste, ma sensation c’est qu’on en sort et qu’on se dit « c’était très court ! » ! Il y a des tableaux très différents les uns des autres, c’est une pièce très riche.

A : Comment s’organise le travail chorégraphique sur un ballet comme La Fresque ?

NN : La création de La Fresque était particulière, car on a commencé à la fin de la saison dernière en juin 2016, après les danseurs ont eu des tournées, puis on a reprit en septembre. On avait peu de temps, 4-5 semaines, pour finaliser le ballet. C’était un temps assez concentré, car en général Angelin prend 3 mois, ou 2 mois, là c’était un petit peu plus court. Il y a eu d’autres choses entre les temps de création, des tournées ainsi que les vacances, ça a obligé à être plus efficace, car c’était plus ramassé dans le temps.

A : Participez-vous à l’écriture chorégraphique avec Angelin en tant qu’assistante?


NN : Non, c’est un travail qu’il fait avec les danseurs. Ça peut se passer de différentes façons : Angelin peut créer des phrases et le matériel chorégraphique, parfois c’est les danseurs qui improvisent et lui prend ces matériaux pour les travailler.
J’ai un regard extérieur, j’essaie d’apprendre physiquement les mouvements dans l’espace et la musicalité, pour que mon travail avec les danseurs soit clair.
Pendant la création, il y a aussi des jours où il n’est pas là, parce qu’il avait d’autres projets à Paris. Mon travail était de clarifier ce qu’il a fait, puisque les danseurs peuvent avoir des interprétations différentes. Il faut donc se mettre d’accord pour que tout le monde fasse la même chose. Les jours de création où Angelin n’était pas là, je faisais surtout un travail dans les corps des danseurs, dans l’espace, de manière à clarifier les choses. Quand il revenait, ça donnait une base pour qu’il continue à travailler.

Natalia Naidich et moi-même ! (Tous droits réservés)

A : Est-ce que la chorégraphie d’Angelin évolue énormément au cours des répétitions, ou reste-t-elle sensiblement la même ?

NN : Cela dépend des pièces. Pour La Fresque, ce sont des petits changements, la structure, les tableaux, le rythme, restent effectivement les mêmes. Parfois ça va être des détails, des détails rythmiques ou dans les duos, des petits changements dans le rythme des phrases.
Après il y a des pièces qui ont été modifiées, comme, si je ne me trompe pas, Retour à Berratham : c’est une pièce qui durait près de 2h à la création et qui fait 1h30 aujourd’hui, donc qui a été sensiblement modifiée.
Le rythme n’est pas le même, c’est une pièce qui a gagné énormément.

A : Vous, Natalia Naidich, quels sont vos relations avec les danseurs d’une part, avec Angelin Preljocaj d’autre part ? Devez-vous gérer des tensions, avez-vous le rôle d’intermédiaire ?


NN : Je n’ai pas forcément le rôle d’intermédiaire, je pense que les danseurs ont une relation assez étroite avec Angelin, la communication est relativement simple entre eux. Angelin est quelqu’un d’accessible, il n’y a pas de souci à ce niveau-là. Ils ont même des entretiens personnels, ils parlent avec lui.
Il faut d’avantage gérer les moments de stress, avant la première par exemple, ou bien des moments où il faut apaiser certaines choses.

A : Pour revenir sur le travail chorégraphique, comme arrivez-vous, à partir de notes sur papier à transmettre autant d’informations corporelles aux danseurs ? Vous dansez avec eux ?

NN : Je ne danse pas forcément avec eux, bien qu’ayant été danseuse j’ai appris les mouvements. Mais je ne danse plus à leur rythme, je ne pourrais pas faire ce qu’ils font sur scène !
J’apprends donc physiquement les mouvements et j’essaie de travailler aussi avec mon corps, c’est hyper important. Après il faut savoir que chaque chorégraphie d’Angelin est écrite en partition chorégraphique, c’est comme une partition de musique mais on écrit la danse, en relation à l’espace et aux mouvements.
Comme cette partition chorégraphique bouge un petit peu puisqu’il y fait des changements, je la corrige. On va avoir cette pièce écrite, et il faut savoir que Danny Lévêque, la choréologue du ballet, qui est responsable d’écrire cette partition, va écrire les demandes d’Angelin.
On peut toujours aller voir cette partition, si on a un doute. Tout est y écrit !
Même si Angelin utilise des mots pour demander une intention particulière, ça va apparaître aussi. Donc c’est un outil de travail vraiment important dans la compagnie.

A : Comment se déroule le quotidien au sein de la compagnie ?


NN : Une journée type dans la compagnie ? Les danseurs arrivent à 10h30, ils ont 1h30 d’échauffement tous les jours, avec différents professeurs invités, de danse classique, ou de contemporain. Puis entre 12h15 et 18h on fait les répétitions, avec 1h au milieu pour manger de 14h à 15h.
Cependant, la vie dans la compagnie est différente selon les danseurs. Par exemple, le groupe de La Fresque a passé dernièrement plus de temps à Aix-en-Provence au Pavillon Noir, puisqu’on était dans un moment de création, alors que l’autre groupe a passé à la rentrée 2 semaines en Australie, ils sont partis à Séoul, ils sont actuellement à Bangkok. Pour la prochaine création, c’est les autres danseurs qui vont sûrement plus voyager, et les autres qui vont rester.
Le rythme est de toute façon très intense, que ce soit pour les uns ou pour les autres. Au mois de septembre, on a eu un jour de repos par semaine, et ceux qui sont partis ont travaillé énormément aussi.

A : Pour résumer votre rôle, peut-on dire que vous êtes le chef d’orchestre qui fait travailler les interprètes sur une partition d’Angelin Preljocaj ?


NN : Tout à fait ! C’est une très belle façon de décrire mon travail !

A : Parlons à présent de votre parcours personnel : comment la danse puis l’écriture chorégraphique sont-elles entrées dans votre vie ?

NN : A la base j’étais danseuse, je danse depuis que je suis toute petite.
Je suis Argentine , j’ai donc appris la danse et dansé là-bas. Après j’ai fait l’école Béjart en Suisse, puis je suis retournée danser à Buenos Aires en Argentine. J’étais dans un théâtre à Buenos Aires, et le directeur de la compagnie connaissait une technique d’écriture chorégraphique, qui n’était évidemment pas connue en Argentine, et il voulait depuis longtemps que quelqu’un l’apprenne : l’écriture Benesh, à Paris.
Il m’a demandé si ça m’intéresserait d’aller l’apprendre. C’était très bien pour moi car j’avais une blessure au genou qui m’avait fragilisée à ce moment-là et j’avais bien envie de repartir. Je suis venue à Paris faire cette formation de 4 ans, où j’ai appris la notation Benesh. Effectivement j’ai continué à danser mais à cause de ce problème à genou, j’ai fait une reconversion. A partir de 2004 je faisais surtout des partitions chorégraphiques pour différents chorégraphes, français ou étrangers.
Et en 2011, j’ai su qu’Angelin Preljocaj cherchait un assistant, et comme la partition chorégraphique est un outil très important dans la compagnie, il voulait que ce soit quelqu’un qui sache lire et écrire la notation Benesh, en plus de savoir bouger évidemment ! Par exemple, une des épreuves pour avoir ce poste c’était d’enseigner : ils m’ont donné un bout de partition, et en 1h j’ai du la lire puis enseigner ce que j’ai lu sur cette partition que je ne connaissais pas du tout. Il faut donc savoir transmettre, savoir s’exprimer physiquement aussi. C’est comme ça que je suis entrée dans la compagnie en tant qu’assistante.

A : C’est la fin de cette interview, merci beaucoup !


NN : Merci à vous !

Je tiens à remercier le Ballet Preljocaj d’avoir rendu possible cette entrevue, ainsi que Natalia Naidich pour sa disponibilité chaleureuse.

dimanche 3 juin 2018

#CHRONIQUES Shorba, l'appel de la révolte - Gaspard FLAMANT

« à ceux qui n’attendent pas que je tombe pour me relever » 
p.0

Shorba, l'appel de la révolte - Gaspard FLAMANT
Éditions Sarbacane (Exprim') - Service de presse
15,50 Euros



Depuis qu'on a abandonné le lycée, il nous reste pas grand-chose, à part le pied des tours. Nous, c'est mes deux potes et moi, Shorba. Mais on a rencontré Léo... et tout a changé.
A travers l'histoire d'un éveil civique et celui du jeune Shorba, qui découvre l'urgence de l'action citoyenne, de la solidarité envers les réfugiés et plus largement, le sens profond du mot "révolte", ce roman résonne fortement avec les valeurs de respect des droits humains que défend Amnesty International.


Shorba, l'appel de la révolte, est un réel tourbillon : roman sur les réfugiés, l’extrême gauche, l’émancipation, le refus d'une société capitaliste, sur les squats (dans une usine désaffectée et dans des maisons de riches), les combats pour la liberté individuelle et collective, l’aide, la résistance, la prison. C'est également un roman sur la vie dans les cités, comment s’en sortir sans tomber dans les trafics de drogues, comment avoir accès au savoir et à la culture.
C'est un récit initiatique, poignant, poétique, fort. Il s'organise au travers de deux personnages : le Guide, Léo, figure inspirante et foisonnante, et son apprenti, Shorba : un schéma classique mais efficace, ce "couple" étant attachant, dynamique et contrasté. Deux personnages principaux, mais c'est tout un monde que nous découvrons entre les pages de ce livre. 


« Léo sait que pour obtenir un peu, il faut demander beaucoup. »  p.200  

Livre révolté, qui transmet l’envie de se rebeller à son tour. Faire changer les choses, apporter son aide… L’aide vitale, primaire, comme donner un toit, est un acte militant : mais pourquoi rencontre-t-on tant de difficultés à accueillir et secourir ?
Cet ouvrage est ancré dans l’actualité, dans ce qui nous pousse à l’écœurement mais pas assez souvent à l’action ... Ici, l'auteur portraite des personnes mettant leur vie en danger pour servir et honorer ces causes nécessaires.

Porté par une écriture fluide et active, Shorba est un roman qui donne l'envie et le courage de se battre, tout en remplissant avec talent ses fonctions de divertissement éducatif : une éducation à la révolte.
 De l’activisme pour toutes et tous, l’action pour la révolution !

mercredi 20 décembre 2017

[ANALYSE - HISTOIRE DES ARTS COLLEGE] Court-métrage "Hé Mademoiselle"

https://www.youtube.com/watch?v=_a1USD2-WyU


Les rédactrices du site NAARI - Parce que nous sommes des femmes, blog consacré à la représentation des femmes dans la publicité et dans la communication en général, ont écrit un article sur le court-métrage "Hé Mademoiselle" des étudiants de l'ESMA.
Cela m'a rappelé mon épreuve d'Histoire Des Arts pour le brevet des collèges, où j'avais également analysé ce court-métrage. 
J'ai donc souhaité partager avec vous, lecteurs de ce blog, lecteurs du site NAARI, et ceux qui sont intéressés par ce sujet, le travail que j'ai réalisé il y a 2 ans ! 


http://naari.iscom-digital.com/2017/12/07/he-mademoiselle-court-metrage-harcelement-de-rue/


Le court-métrage de l'ESMA, 2015:  https://www.youtube.com/watch?v=_a1USD2-WyU




Mon dossier pour l'épreuve d'Histoire Des Arts (Brevet des Collèges 2016) :

 
Introduction :

Titre : Hé Mademoiselle (Le titre renvoie à une interjection synonyme de harcèlement de rue.)
Genre : film d’animation musical
Durée : 5 minutes
Réalisation : dans le cadre d’un projet de fin d’étude à l’ESMA (Ecole Supérieure des Métiers Artistiques, à Toulouse) , par 5 étudiants : Claire Bataille, Victor Dulon, Pierre Herzig, Gael Lang, Léa Parker, en 2015.
La réalisation de ce court-métrage a demandé 12 mois de travail à l’équipe.
Domaine : art du visuel.
Thématique : Art, création, culture
Prix : Il a remporté le grand prix du jury du festival étudiant Polycule de Bruxelles, il a également été sélectionné au festival de courts-métrages et nouveaux talents Cinemator de Carros et retenu pour le Multivision film festival de Saint-Pétersboug.

Situer l’oeuvre dans son contexte historique

Le thème du harcèlement de rue touchait et intéressait beaucoup l’équipe de ce court-métrage, qui a souhaité sensibiliser le grand public à ce sujet méconnu. En cinq minutes, ce dessin animé explore tous les archétypes du harcèlement de rue et toutes les formes qu’il peut prendre, mais va plus loin encore en interrogeant plus globalement sur la place de la femme dans la société.
Le but de l’équipe était de ne pas tomber dans le politiquement correct, et donc d’être dans l’émotionnel, le viscéral, quitte à provoquer des réactions parfois virulentes du côté du public.

Réactions du public : En effet, les réactions des internautes ont été violentes. Ils ont reproché à l’équipe un manque de nuance, un manque de mixité entre les personnages, et la mise en scène d’un personnage féminin qui ne représenterait pas toutes les femmes. Mais l’équipe du film se réjouit de ces réactions, car cela leur prouve qu’ils n’ont pas réalisé un court-métrage tiède, mais virulent et polémique. Léa Parker explique que c’est le meilleur moyen de faire parler de ce sujet.

Son message : L’objectif de ce court-métrage est de dénoncer et de sensibiliser à ce genre de comportement, qui constitue une pratique courante et pas uniquement dans la rue, puisque selon le rapport de 2015 du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, 100 % des femmes se sont déjà faites harceler dans les transports.
Le message de ce film est aussi de parler du sexisme et de la place de la femme dans notre société.

L’idée de base de ce court-métrage est de créer un contraste pour alléger le propos et pour illustrer la différence de perception de ce phénomène entre ceux qui en sont victimes et ceux qui ne le subissent pas.

Dans mon développement, je vais tenter de répondre à la problématique suivante:
Comment le traitement du harcèlement de rue dans ce court-métrage renvoie-t-il plus globalement à une réflexion sur la place de la femme dans la société ?

Forme

Pour traiter ce sujet, les étudiants ont choisi la forme de la comédie musicale et l’humour, afin de « l’enrober et de le colorer », explique Victor Dulon, le réalisateur. Leur objectif n’était pas d’être donneur de leçon, ils voulaient décaler ce sujet afin d’alerter sur ce problème et de lui apporter de la légèreté.
Les réflexions dans ce court-métrage sont tirés de l’expérience personnelle des réalisateurs, mais aussi des témoignages des femmes que l’on peut trouver dans des sites comme Harcèlement de rue (http://harcelementderue.tumblr.com/) ou encore Paye ta schneck (http://payetashnek.tumblr.com/).
La vision que ce court-métrage donne des potentiels harceleurs de rue, des hommes blancs, bien habillés, en gêne certains mais c’est une réalité que l’équipe a voulu montrer : des fils de bonne famille ont aussi ce comportement.
Le dessin en 3D est semblable à celui des dessins animés comme les Disney, les Pixar. C’est un dessin doux et coloré, les personnages ont des grands yeux, ils sont lisses, et cela s’apparente aux contes de fées. Il y a donc un réel décalage entre l’ambiance qu’instaure le dessin, et l’intrigue de ce court-métrage, à savoir le harcèlement de rue, un sujet sensible et violent.
Le personnage principal, la jeune femme Zoé, est habillée en jupe patineuse jaune, une ceinture rouge et un débardeur blanc. Elle est grande et fine. Son physique correspond à celui des princesses Disney, mais elle a des cheveux courts et roux, ce qui est rare et ce qui ne correspond pas aux diktats de la société.
La musique est du style jazz, avec beaucoup de cuivres.
On remarque que les paroles sont sous-titrées en anglais, afin de toucher un public le plus large possible.
Presque tous les dialogues sont chantés, et il y a beaucoup de mouvements chorégraphiés et de danses : faisant ainsi penser aux comédies musicales joyeuses, et tranchant avec l’histoire racontée. En effet, les hommes qui abordent de manière explicite Zoé sont lourds mais le fait qu’ils le fassent en chantant crée un décalage.

Description :

L’extrait que je vais vous présenter du court-métrage Hé Mademoiselle se situe à 2min38.

2min38 à 2min 44 : tous les hommes qui ont harcelé Zoé précédemment se regroupent en bande pour tenter de la convaincre d’accepter leurs avances. Elle est de dos et se recule au fur et à mesure qu’ils avancent.

2 min 44 à 3min : Zoé se retourne et part d’un pas décidé. Les harceleurs dansent comme les Jets et les Sharks dans West side story , en même temps, avec des mouvements précis et en claquant des doigts.


 West Side Story de Jerome Robbins et Robert Wise 

La caméra passe de la chorégraphie des garçons à Zoé en faisant un gros plan sur le postérieur de cette dernière : j’imagine que c’est pour montrer l’objet principal de la convoitise des hommes.
Les personnages sont dans une rue petite, sombre : les chances qu’a Zoé d’échapper à ses harceleurs s’amenuisent. De plus, la musique devient angoissante : on comprend que quelque chose de violent va se passer.
Il y a ensuite un plan d’ensemble pris du ciel : on voit Zoé se séparer définitivement du groupe d’hommes en passant de l’autre côté d’une arche habitée. On voit très nettement les hommes continuer leur danse en formation en V, quasiment militaire: ils sont donc très organisés et unis, tandis que Zoé est seule (disproportion des forces en présence, et crainte du pire).

3min à 3min 27 : Zoé, qui s’était plaquée contre un mur, voit passer devant elle le groupe d’hommes. On remarque qu’au moment où ils disparaissent et où elle peut enfin respirer, la luminosité change et devient plus claire. Toute l’image change d’ambiance lorsque le danger principal s’écarte. Mais elle est embêtée et agressée même par un chien qui est au départ très mignon : elle le balance d’un coup de pied, et ce geste marque le début d’une nouvelle partie.

3min 27 à 4min 40:  



La caméra effectue un 360° autour de Zoé, ce mouvement commence face à l’héroïne pour se mettre derrière elle. Même si Zoé est toujours seule, le fait qu’elle soit au premier plan la place en figure de domination face aux hommes, qui paraissent tout petits sur cette grande place, pris au piège.
Au craquement de main de Zoé (d’habitude « réservé » aux hommes), la nuit tombe et des lumières s’allument sur les immeubles : c’est l’instauration d’un climat de vengeance.
Les hommes se livrent à une chorégraphie qui n’a rien de doux et de romantique comme avant ; c’est tribal et fort. Tout en réalisant des sauts légers, presque des pas de danse classique, Zoé met à terre tous ses agresseurs. Il y a ensuite un gros plan sur le chien se cachant les yeux, horrifié par les bruits de combats en fond. Le combat se termine par le coup fatal de Zoé dans les parties intimes d’un des harceleurs, puis il y a un noir et un arrêt de la musique qui pourraient signer la fin de la vidéo.
Finalement, Zoé rentre chez elle, il fait jour à nouveau: on remarque dans le salon son compagnon, qui lui demande comment s’est passée sa journée. Avec nonchalance (feinte ou pas), elle lui répond « Oh, la routine » : soit elle ne souhaite pas lui dire ce qu’il s’est passé, soit ses agressions n’ont pas tant d’importance que ça car c’est réellement son quotidien. Dans les deux cas, c’est assez alarmant sur ce que vivent les femmes et sur le caractère courant du harcèlement de rue.
En outre, la dernière réplique est très représentative de la place de la femme de la société : « Chérie, quand est-ce qu’on mange ? ». On peut qualifier cette remarque d’indirectement sexiste : elle ramène la femme à un unique rôle de nourricière, comme si son compagnon était un enfant.

Conclusion

Le traitement du harcèlement de rue dans ce court-métrage renvoie plus globalement à une réflexion sur la place de la femme dans la société pour plusieurs raisons :
La femme est tout d’abord réduite à un objet de convoitise sexuelle qui n’a pas droit de refuser des avances, puis elle est représentée comme une femme qui prend sa revanche et sait mettre à terre plusieurs hommes, comme une battante qui ne laisse pas la peur prendre le pas sur ses droits.
Les hommes, eux, sont représentés tour à tour comme des adultes immatures et comme des enfants incapables de se prendre en main, dépendants des femmes et indécis, que ce soit à la maison ou dans la rue où ils n’hésitent pas à arrêter toute activité, voire à quitter leur épouse pour faire des avances à une jeune femme.
Ce court-métrage évoque donc de multiples réalités quant à la place de la femme dans la société, mais il ne donne pas à la femme l’image d’une victime, plutôt celle d’une personne qui a autant de pouvoirs qu’un homme, même si elle doit se battre pour s’imposer.
Pourtant, en France et en 2016, les hommes perçoivent en moyenne un salaire supérieur de 23, 5 % à celui des femmes, et les femmes passent 2 fois plus de temps que les hommes à faire le ménage et à s’occuper des enfants à la maison selon l’INSEE.
De plus, il s’agit évidemment d’une œuvre engagée car le spectateur est interpellé par le comportement du compagnon de Zoé à la fin : après avoir mis à terre 4 hommes : que va-t-elle bien pouvoir lui répondre ?

Ce court-métrage me plaît énormément pour tous les messages sur la femme qu’il véhicule, et pour l’actualité de ces propos.

Faire un rapprochement avec une autre œuvre


En novembre 2015, une campagne de lutte contre le harcèlement des femmes dans les transports est mise en place dans les métros et gares. Cette campagne se nomme « Stop, ça suffit » : le gouvernement veut freiner le harcèlement des femmes.



Merida, dans Rebelle en 2012
 
C’est une princesse Disney qui refuse le destin qu’on lui impose : elle brise tous les codes de la princesse parfaite : cheveux bouclés et roux, sportive. La symbolique de la robe qui craque est forte car la robe représente le carcan des princesses, ainsi que la blessure faite à la joue par sa dernière flèche, qui symbolise les sacrifices qu’elle doit faire pour décider seule de son destin.
Merida ne veut pas du prince charmant et s’oppose à sa mère. Elle veut prendre sa propre main pour ne pas avoir à obéir aux diktats que lui imposent ses parents.
Elle se libère de son futur, et établit son propre ordre contre l’ordre établi.



Mais il n’y a pas seulement les artistes qui s’engagent contre le sexisme, il y a aussi les politiques, comme le prouve cette récente lettre de 17 anciennes ministres, harcelées sexuellement sur le lieu de leur travail.
L’appel a été signé le 14 mai 2016 par Roselyne Bachelot, Michelle Demessine, Cécile Duflot, Elisabeth Guigou, Aurélie Filippetti, Chantal Jouanno, Nathalie Kosciusko-Morizet, Christine Lagarde, Marylise Lebranchu, Corinne Lepage, Monique Pelletier, Fleur Pellerin, Valérie Pécresse, Yvette Roudy, Catherine Trautmann, Dominique Voynet, Rama Yade.




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Rédigé par Antonia T., tous droits réservés.
Merci de me contacter par mail etincellesdeplume[at]gmail.com et de me créditer si vous utilisez mon travail.

lundi 16 octobre 2017

#CINÉMA: 120 battements de minute de Robin Campillo - ENTRER EN RÉSISTANCE





Caroline Guiela Nguyen, metteuse en scène et auteure, a dit dans une interview : « Il n’y a aucune raison de faire des spectacles, par contre il y a une nécessité à en faire, cette nécessité c’est à nous de l’inventer. ». 
C’est exactement ce que j’ai ressenti en sortant des séances de 120BPM : une urgence de raconter ce combat contre le sida, de transmettre cette histoire, de la confier avec brutalité et beauté aux nouvelles générations qui n’ont pas connu le début de l’épidémie. Passer le flambeau du militantisme pour comprendre ce qui a été fait, comprendre que quel que soit ce que nous voulons, rien n’est gagné et tout reste à faire. Parlez, agissez, faites de la place à vos convictions et à vos raisons d’être debout, présents, toujours…

On sort de ce film abasourdi. A terre. Sourd. Il faut du temps pour se sortir de ces personnages, de cette histoire qui nous a totalement happés pendant quelques heures intenses. Les moments où l’on prend de la hauteur et de la distance avec les actions, les scènes de groupe lors des réunions ou sur les scènes très intimes sont rares, quasiment inexistantes.
Nous sommes le groupe, nous dansons au rythme de la house music, les poches de faux sang jetés lors des ZAP nous frôlent, nous sommes assis avec les militants lors des réunions, à débattre avec fougue et hargne, et quand les corps s’aiment, renaissent de leur douleur et de la dureté de la vie, pour une nuit ou quelques minutes, nous sommes encore là, tout près, tapi(e) dans l’ombre. 



C’est un cinéma du corps, physique et jamais au repos. La caméra capture les paroles et leur donnent forme, les plans rapprochés nous montrent à la fois la réalité de la maladie, mais aussi et surtout la fureur de vivre qui les animent tous, quel que soit leur profil sérologique.
« Tous », « eux », ce sont les militants d’Act Up Paris, les principaux personnages de ce film. Certes, un zoom est réalisé sur les vies personnelles de Sean et Nathan ; cependant le collectif est présent tout au long du film. La force incroyable qui jaillit de ce film, qui se jette en pleine gueule des spectateurs, résulte de cette fresque dépeinte, des énergies folles qui circulent entre les acteurs et leurs personnages, inspirés des réels militants d’Act Up dans les années 90. Robin Campillo, le réalisateur, était alors lui-même membre d’Act Up. La ferveur communicative et l’électricité joyeusement dingue de cette histoire n’empêchent pas les larmes de couler. A la fin de la séance, au générique, la tension est à son apogée dans la salle. 

Une fois dehors, on ne sait si on peut enfin se relâcher, car un sentiment étrange nous sert, une boule se forme dans nos tripes. Un besoin vital… 
Celui de rejoindre ce combat, de s’engager, d’agir, de vivre pleinement et d’informer nos proches, nos amis. Conseiller ce film, bien sûr, le revoir, seul(e) ou entouré(e), mille fois !


Entrer dans la danse, entrer en résistance, pour la nécessité de vivre, d’aimer, de se battre, de militer. Agir pour ne pas mourir, car ACTION = VIE ! 
 


dimanche 17 septembre 2017

#CHRONIQUES Tout pour se déplaire - Scarlett Epstein rate sa vie




Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler de deux romans jeunesse, paru à la fin de l’hiver 2017.
Merci aux éditions Gallimard Jeunesse pour ces envois ! 


TOUT POUR SE DÉPLAIRE – Jen Klein
Editions Gallimard Jeunesse (Scripto) – 16,50 € - 374 pages - 2017
Service de presse

Une couverture et un résumé qu’on pourrait qualifier de girly si l’on en croit les couleurs et le graphisme, tout comme la traduction (ou plutôt modification !) du titre original (Shuffle, repeat devient Tout pour se déplaire) qui révèle beaucoup du public ciblé : des jeunes filles, qui aiment les romances des lycées américains, avec des garçons qui conduisent d’énormes voitures et des filles pas assez populaires pour être acceptées parmi les pom-pom girls parfaites (et un peu pestes…), un meilleur ami gay, les excellentes universités qu’il faut intégrer…
Un univers vu et revu sous tous les angles par de multiples films, séries télévisées et romans. Des codes d’accroches tièdes pour un lectorat restreint et sans une once d’originalité.
Je pensais donc lire un roman sans saveur, qui minaude des niaiseries…
Il me faut bien reconnaître que je me suis trompée (pas sur toute la ligne cependant) : l’intrigue ciselée et bien agencée de Jen Klein a rendu cette lecture agréable et prenante !

En effet, l’écrivaine Jen Klein est également scénariste pour la télé, et cela se ressent dans ce roman. Les chapitres sont découpés en scènes, comme au cinéma : j’avais l’impression de voir défiler et s’enchaîner les différentes situations, avec fluidité et naturel. Son écriture revêt indéniablement un caractère cinématographique. Les situations sont décrites tels des mouvements de caméra, et les dialogues passent de l’humour aux émotions avec justesse.
Concernant le scénario, nous suivons les tribulations de June, une lycéenne qui est persuadée qui rien ne compte avant l’université, qui rejette en bloc les traditions de farces et autres bals ou matchs du lycée. Mais sa vision du monde et des personnes qui l’entourent va changer progressivement grâce à sa rencontre avec Oliver, un ami d’enfance perdu de vue depuis qu’il fait parti des plus populaires.

Avec originalité, tact et amour, ce roman apporte une belle réflexion sur les idées préconçues et sur l’image que l’on renvoie aux autres, une carapace qui ne reflète pas nécessairement la réalité…



SCARLETT EPSTEIN RATE SA VIE – Anna Breslaw
Editions Gallimard Jeunesse (Scripto) – 13,90 € - 316 pages – 2017
Service de presse

Anna Breslaw signe ici son premier roman. Elle donne la parole à Scarlett, une jeune lycéenne américaine, qui vit à travers sa série préférée et le forum qui lui est consacré. Sa vie sociale se résume à ses amis, Avery et Gideon, une voisine de soixante-dix ans qui fume des joints et jardine, ainsi que des rencontres virtuelles sur le forum. Quand Gideon change brutalement de comportement à son égard, Scarlett se réfugie dans l’écriture d’une fiction mêlant robots et camarades de lycée. Une façon comme une autre de partager ses sentiments et de mettre en scène son quotidien ; mais aussi comprendre qui elle est, et les raisons qui la poussent à agir ainsi.
L’acte d’écrire est mis en abyme dans ce roman. Les chapitres sur la vraie vie de Scarlett alternent avec les chapitres de sa fiction, un réel défouloir ! Cette adolescente n’a pas une existence facile, et encore une fois, l’appartenance à un groupe social prend beaucoup de place. Le gouffre qui sépare les vies de ses parents divorcés, ou encore le gouffre qui se forme entre les fréquentations de Gideon et de Scarlett, vont influencer nombre des situations dans lesquelles va se retrouver Scarlett, héroïne attachante, drôle et émouvante.

Ses états d’âmes, ses fragilités et sa force façonnent cette chronique dense d’une adolescence en construction.



Des romans frais et léger de la belle collection Scripto, qui permettent de s’échapper de son quotidien et de partager des tranches de vies tourmentées et réjouissantes !