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jeudi 31 août 2017

RENTRÉE LITTÉRAIRE: Neverland de Timothée de Fombelle

« J’apprenais que ce que l’on fait nous dépasse quelquefois. C’est une histoire de confiance et de liberté. On n’est jamais à l’abri que ça marche. Ça ne sera pas notre faute. Ça peut venir de l’ennui, de la fièvre, et du désordre d’un tiroir. 
On ne sait pas. » (p.102)





On connaît Timothée de Fombelle pour ses grands succès en littérature jeunesse: Vango, Tobie Lolness, Le livre de Perle... Son style, une écriture ciselée et poétique, transporte le lecteur dans un univers parfois très proche du nôtre ou au contraire, dans une dimension parallèle. À chaque fois, c'est une invitation au voyage, une invitation à changer de perspective, à se jeter à corps perdu dans une quête pour trouver, ou retrouver, le sens de la vie. Ses personnages aux facettes multiples, mystérieux et attachants, sont devenus des figures emblématiques chez des lecteurs nombreux et fervents, enfants, adolescents et adultes. Nous sommes tous touchés par ces ouvrages qui marquent les consciences et continuent de nous accompagner bien après le livre refermé.

En février 2016, au Salon du Livre de Saint-Paul-Trois-Châteaux, Timothée de Fombelle m'a confié qu'il partait en Afrique pour l'écriture de son prochain roman (pour voir l'interview en entier, rendez-vous ici :
https://www.youtube.com/watch?v=SGuwvgUY55U).

Ce roman, le voici. On caresse la couverture comme si un secret se cachait dans ses rainures ; l’orange vif mêlé au gris perle tranche avec un blanc pur ; les pages au grain épais nous résistent. La poésie commence dès que l’on ouvre ce livre-objet pour la première fois.



À l'intérieur, nous découvrons le récit d'une quête, d'une recherche désespérée dans laquelle nous suivons pas à pas l'auteur. Écrit à la première personne, destiné à un lectorat adulte (mais accessibles aux adolescents, bien entendu !), Timothée de Fombelle retrouve les chemins de son enfance, en Afrique ou dans les Sèvres nantaises.

C'est une réflexion sur le temps de l'enfance, un roman d'aventures lyriques et concrètes tout à la fois - on imagine cet écrivain se tapir dans la neige, passer par-dessus les portails, scruter la rive d’un fleuve.

Il ne se contente pas d’évoquer son passé, il le fait revivre, sous nos yeux.

Un spectacle d’ombres chinoises où le drap blanc tomberait en plein milieu de la représentation.



« Un jour, on surgit. 
On prend des airs de compassion. Comme si l’enfance était une maladie qui finirait par s’arranger. On s’approche des petits, on remplit leurs mains et leurs jours.
On leur apprend qu’ils peuvent tomber.

On devance leur faim.
On les occupe.
On décide de donner un nouveau nom au temps long de l’enfance. On l’appellera l’ennui.
Ainsi commence l’occupation. » (p.41)



Page après page, on découvre le long processus qu’a entamé Timothée de Fombelle : se reconnecter avec son passé, retrouver l'enfant qu'il était, celui qui dort dans la maison de ses grands-parents, courir après la magie de ces années qui glissent entre les doigts. La mémoire de ces retrouvailles est consignée dans Neverland, un récit qui part du passé pour construire un futur. On comprend mieux le besoin de Timothée de Fombelle  d’écrire pour la jeunesse: son grand-père qui lui citait de tête Cyrano de Bergerac, les incroyables aventures vécues avec ses frères, l’exil en Côte d’Ivoire et au Maroc avec ses parents pendant quelques années, autant d’aventures qui forment et fixent l’enfance comme l’instant de tous les possibles.



Timothée de Fombelle ne se plonge pas uniquement sur son enfance, mais il y retourne, corps et âme tendus dans ce but ultime.  
Ce roman met en lumière ses précédents ouvrages, son parcours, pose les jalons de son œuvre, et résonne comme une renaissance nécessaire.

Une magie mélancolique qui nous enchante, joyeuse et triste, belle et un brin terrifiante. Une centaine de pages de courses effrénée.



J’ai été interpellée par les liens que l’on peut faire entre l’enfance qu’il recherche, et le bonheur de la vie que Créon demande à Antigone de retenir (par Jean Anouilh). J’ai retrouvé dans ces deux œuvres une semblable métaphore pour une recherche urgente, vitale. D’un côté, Fombelle : « Je me souviens de ce besoin qui m’a envahi un jour d’attraper l’enfance pour la tenir, comme dans une cage entre mes mains fermées, et la montrer aux autres en écartant doucement les doigts. » (p.11) ; de l’autre, Anouilh : « Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-la. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu’on grignote, assis au soleil. » (p.91)



Encore une fois, Timothée de Fombelle nous étonne, nous surprend. Nous sommes face à un parcours initiatique, mais ce n'est pas un enfant qui grandit, c'est un adulte qui se met à hauteur de son enfance, afin d’en retrouver le goût. C'est un conte, un poème, une ode. On voudrait le lire aux petits qui nous entourent, leur dire de ne jamais grandir, de profiter, surtout, car : "On fait semblant d'être grand. Et, dans le meilleur des cas, je crois, on fera semblant toute sa vie."


Fombelle tangue entre imaginaire, souvenirs de son passé,  et compte-rendu journalistique de cette incursion au centre du monde de Peter Pan. La poésie est un liant essentiel pour donner corps et présence à ses souvenirs et son voyage.
On termine ce livre avec l'envie d'en savoir plus sur l'enfance de cet auteur, qui se faufile dans notre cœur, et avec une fausse timidité nous prend par la main pour se dévoiler. 
Peut-être qu'un jour j'aurais, moi aussi, l'envie de me replonger dans mon enfance, revenir sur ses lieux, retrouver ses lettres, suivre mon ombre et me cacher pour observer.  
Mais pour le moment, je me suis laissée emporter dans ce tourbillon des souvenirs d’un autre, (et je compte bien vivre avec passion la fin de mon enfance – si elle se termine un jour) !



NEVERLAND – Timothée de Fombelle

Éditions L’Iconoclaste – 16 € - 117 pages – 30 août 2017

Je tiens à remercier les éditions L'Iconoclaste pour cet envoi !

lundi 21 août 2017

#CHRONIQUES 107 ans - A la place du coeur saison 2 - Nouvelles sous ecstasy






Bonjour, chers lecteurs !
Le mois d’août progresse un peu trop vite à mon goût, avec son lot de craintes et d’envies pour la rentrée à venir. Alors, prenez le temps de lire encore, de dévorer des pages et des pages, de profiter au mieux des belles semaines qui s’annoncent. C’est pour cela que je vous propose aujourd’hui trois romans aux styles très différents, que ce soit dans le style d’écriture, la narration ou de l’intrigue. De l’amour, de la folie… Et, pour moi, un point commun : quand je pense à ces trois romans, je vois du rouge. Rouge passion, rouge saignant, rouge sucré. Rouge comme la couverture d’À la place du cœur, rouge comme l’esprit de Simon dans 107 ans, quand plus rien n’a de sens pour lui, rouges comme la chaleur et les néons des boîtes de nuit que fréquentent souvent les personnages des Nouvelles sous ecstasy.


107 ANS - Diastème
Éditions de L’Olivier – 15 € - 156 pages – 2003


  « Il faut que ça saigne pour que ça s’arrête de saigner, il faut avoir envie de hurler pour pouvoir apprécier le silence, il faut avoir envie de mourir pour pouvoir être heureux d’exister. » (p.50)

Ce roman, je ne le connaissais pas avant la vidéo de Mlleeloise62, où elle en lit un extrait. C’était l’été dernier et j’ai directement su que je devrais lire ce livre, qu’il me fallait l’avoir entre les mains : pour toute l’émotion tragique, pour le sentiment d’urgence qui se dégageait du passage qu’a lu Éloïse. Je vous invite ainsi à voir cette vidéo, « L’amour est un temple » : https://www.youtube.com/watch?v=z4mf7TLGjeU .

Ce roman est empreint d'humour noir, un humour sadique, d’une violence et d’une cruauté sans pareilles envers le corps et les sentiments : une folie pure et intense. C’est une lecture difficile car cette histoire d’amour n’est pas romantique, ou peut-être l’est-elle trop. Trop crue, trop vraie, trop forte. Elle irradie Simon, cette histoire d’amour qui s’est terminée abruptement; mais lui ne veut pas croire à sa fin. La frontière entre le réel et l’imaginaire s’efface, si bien qu’on ne sait pas si nous devons nous fier au récit de Simon, le récit de son passé.

Une lecture éminemment poétique, qui brusque, choque et interroge. Chaque mot peut être remis en question, comme on peut boire aussi chacune des paroles de Simon et partager ses doutes, ses actes de désespoir, sa folie.





NOUVELLES SOUS ECSTASY - Frédéric Beigbeder
Éditions Folio – 5,40 € - 102 pages – 2000

« Aimer ou faire semblant d’aimer, où est la différence du moment que l’on parvient à se tromper soi-même ? » (p.28)

Encore un roman que j’ai eu envie de lire suite à une vidéo de Mlleeloïse62 (voici son lien : https://www.youtube.com/watch?v=Jx2iO3p6lmA ) où elle parlait de la nouvelle nommée « La nouvelle la plus dégueulasse du recueil ».  Ce n’est pas uniquement pour lire cette histoire extrêmement crue (âme sensible s’abstenir) comme le prévient l’auteur ( « susceptible de heurter la sensibilité des lecteurs les plus romantiques » ) que je me suis plongée de ce recueil, mais surtout par curiosité pour cet auteur, Frédéric Beigbeder et par envie de me confronter à ces nouvelles écrites sous ecstasy. 

« Ce matin-là, le jour s'est levé. Je veux dire: il s'est vraiment levé car auparavant il était assis. Et je vous assure que ça fait une drôle d'impression, un jour qui tient debout." (p.29)

On connaît la réputation controversée de cet auteur, peut-être est-ce cela qui m’a attirée tout particulièrement ? Cet ouvrage est à l’image de son auteur : alcool, drogue, sexe, luxe, délires… Ces sujets sont tournés dans tous les sens, de manière folle, incompréhensible parfois. C’est un nouveau monde, une nouvelle façon de voir l’amour, la vie, la mort. De la poésie à la débauche, de l'humour à la noirceur, d'une description des effets de la drogue à une rencontre amoureuse, ce court recueil est intense, condensé de vie, de rêves, de cauchemars, d'illusions, et laisse en nous son empreinte chaotique.

Des nouvelles sulfureuses, qui révèlent l'originalité et la beauté de l'écriture de Beigbeder. 



A LA PLACE DU CŒUR SAISON 2 - Arnaud Cathrine
Éditions Robert Laffont – 16,50 € - 291 pages - 2017
Service de presse


« Tu voudrais trouver du sens à avoir vécu tout ça ? Je comprends… Mais la vérité, c’est qu’il n’y en a pas. » (p. 145)

A travers les deux excellents tomes qui constituent A la place du cœur pour le moment, Arnaud Cathrine nous parle sans prendre de détour de la situation politique de la France, des attentats qui ont brisé la vie de centaines de personnes, et des amours adolescents. Toute la mélancolie et la beauté qu’il glisse entre ces pages douloureuses nous vont droit au cœur. C’est un uppercut, un coup de poing dans le ventre, ainsi qu’un roman-fleuve réparateur, doux. Au fil des chapitres, l’écriture d’Arnaud Cathrine se fait brute mais enveloppante, empreinte de tristesse et de poésie… Impossible de lâcher ce roman. Surtout quand son rythme, ses coupures, ses fractures, révélatrices de l’état d’esprit des personnages, font écho aux chansons du groupe Fauve, souvent cités par l’auteur. Une même hargne, une même ferveur fédératrice ! 

 « Un jour, tu ne l’aimeras plus. Tu l’aimeras… bien. Tu regarderas son visage, son corps et tu t’étonneras même d’avoir été dingue de lui. Ce sera loin. Tellement loin. Tu seras contente de le revoir de temps en temps, mais tu seras également soulagée à la fin de soirée parce que tu n’auras qu’une hâte : rejoindre le nouvel amoureux qui t’attend. » (p. 144) 
La fresque de personnages qui se croisent, se perdent de vue, se retrouvent, s’aiment, se déchirent, nous devient familière. Et nous les accompagnons dans ce monde qui est le nôtre, nous suivons jour après jour des évènements que nous avons nous aussi vécus, et qui sont si récents, juste deux ans. Le sentiment d’identification est ce qui fait la force de ces ouvrages, aussi bien l’identification au lieu, à l’époque, à l’actualité, que celle aux personnages, lycéens puis étudiants.
Arnaud Cathrine a d’ailleurs répondu, avec chaleur et sensibilité, à quelques-unes de mes questions l’année dernière, au Salon du Livre Jeunesse de Montreuil. Vous pouvez voir cette entrevue distillée par petits bouts dans cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=mYwfL09ty6Y .

Un roman brûlant à lire de toute urgence ! 




 En espérant vous avoir donné quelques idées de lectures !

Profitez bien de la fin de l'été, lisez, bronzez, dormez... et rêvez !