src="http://www.websiteribbon.com/banner.gif " alt="banner ad"

lundi 22 août 2016

Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine - Inspirations littéraires Clémentine Beauvais #5

"Vivez, et soyez ivres d'elle,
Amis, de la légère vie !
Elle est néant, tout le rappelle,
Et peu de chose m'y relie.
J'ai passé l'âge des mirages,
Mais des espoirs un peu volages
Essaient parfois de m'habiter:
Je serais triste de quitter
Ce monde sans laisser de trace.
Je n'écris pas pour qu'on me loue,
Mais j'aimerais, comprenez-vous,
Chanter mon sort et ma disgrâce,
Et que mes vrais amis, les sons,
Disent au monde ma façon."

XXXIX (p.89)




Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine, traduction d'André Markowicz
2005 pour la présente édition, éditions Actes Sud (Babel)
8,70 €, 379 pages, ISBN: 978-2-7427-7784-6


Synopsis:

“Placé du côté de la légèreté, du sourire, le roman de Pouchkine est unique dans la littérature russe : il n’apprend pas à vivre, ne dénonce pas, n’accuse pas, n’appelle pas à la révolte, n’impose pas un point de vue, comme le font, chacun à sa façon, Dostoïevski, Tolstoï, ou, plus près de nous, Soljénitsyne et tant d’autres, Tchekhov excepté…
En Russie, chacun peut réciter de larges extraits de ce roman-poème qui fait partie de la vie quotidienne. A travers l’itinéraire tragique d’une non-concordance entre un jeune mondain et une jeune femme passionnée de littérature, il est, par sa beauté, par sa tristesse et sa légèreté proprement mozartiennes, ce qui rend la vie vivable.”

A. M.

André Markowicz, qui s’applique depuis des années à faire connaître la richesse de la littérature classique russe, propose ici une remarquable traduction en octosyllabes rimés du chef-d’œuvre de Pouchkine.

Né à Moscou en 1799, tué en duel en 1837 à Saint-Pétersbourg, Alexandre Pouchkine n’est pas seulement le plus grand poète russe, il est à l’origine de la langue russe moderne ; il a lancé tous les débats qui, à travers le XIXe siècle et jusqu’à aujourd’hui, ont fondé la vie intellectuelle de la Russie.
Mon avis:

Cette chronique est la cinquième dans le cadre des "Inspirations littéraires Clémentine Beauvais" (retrouvez les autres articles en cliquant ici).
Je ne pouvais passer à côté de ce classique russe, datant de 1833, dont Clémentine Beauvais s'est librement inspirée pour son roman Songe à la douceur.
En effet, bien qu'on note de nombreuses différences entre Eugène Onéguine et le roman de C.Beauvais, la trame principale de l'intrigue reste identique. 
L'intrigue, la voici: 
Eugène est un jeune homme qui aime faire la fête, et qui se retire finalement à la campagne. Il y fait la connaissance d'un nouveau voisin, Lenski: ces deux hommes deviennent amis "pour tuer le temps".
Lenski tombe amoureux d'Olga Larine, tandis que sa sœur aînée Tatiana succombe au charme d'Onéguine. Elle écrit à ce dernier une déclaration d'amour passionnée; touché, Onéguine apparaît cependant froid et refuse le mariage, déclarant: "L'hymen serait notre torture". 
A la fête d'anniversaire de Tatiana, un drame éclate. Là pourrait s'arrêter l'histoire de Tatiana et Eugène, et pourtant, quelques années plus tard, ils se retrouvent. Mais depuis le temps de leur jeunesse, les rôles se sont inversés: comment cela se terminera-t-il?

Ce que j'apprécie tout particulièrement dans ce roman en vers, c'est la place que prend l'auteur dans son récit.
En effet, Pouchkine commente son intrigue en cours à la fin de chaque chapitre, ce qui permet au "lecteur bénévole" de sortir de l'histoire entre chaque action importante. 
Pourquoi? A l'époque, ce roman fut publié chapitre par chapitre, sur une période d'environ dix ans (entre 1823 et 1831). Cela permet à Pouchkine de prendre quelques libertés concernant la censure:

"Le plan, la forme se proposent,
Je cherche un nom pour mon héros.
Mais mon roman fait une pause
Car mon premier chapitre est clos;
Je l'ai relu d'un œil sévère:
On y dit tout et son contraire,
Pourquoi devrais-je corriger?
C'est au censeur de s'en charger.
Aux journalistes en pâture
J'offre ce fruit de mes efforts:
Va, gagne les nordiques bords
O ma nouvelle créature,
Que je moissonne mes succès:
Cris, racontars, mauvais procès !"

p.63

Il est donc vraiment intéressant de connaître ce roman-poème, pour d'une part comprendre la naissance de Songe à la douceur, et pour se constituer une culture littéraire, ce chef-d’œuvre s'imposant comme un emblème de la littérature russe.

Vous pouvez vous renseigner sur ce roman et sur ses multiples adaptations d'une manière enrichissante, en consultant cette excellente source:
-Onéguineries par... Clémentine Beauvais elle-même, sur son blog Clémentine Bleue !

Un article extrêmement complet, où l'auteure de Songe à la douceur nous explique au moyen de commentaires amusants et décalés son avis sur les différentes versions du roman, sur les versions de l'opéra, sur le film...
Elle nous donne le lien vers une émission radio de France Culture sur Pouchkine, relatant une rencontre avec André Markowicz, le traducteur d'Eugène Onéguine (Les Nouveaux chemins de la connaissance, replay ici).

Si vous souhaitez écouter l'opéra de Tchaïkovski, vous pouvez trouver de nombreux extraits sur Youtube (Clémentine Beauvais en a sélectionnés plusieurs sur son article Onéguineries).
Et pour le voir (presque) en vrai, le 22 avril 2017 sera diffusé dans certains cinémas (dont celui de ma ville, ouf!), cet opéra, en direct du MET de New-York !

Pour finir sur les versions de cette œuvre, voici la bande-annonce du film datant de 1999.
Je n'ai pas encore pu le visionner, mais ce sera chose faite prochainement !

Retour sur le roman !
L'édition que je possède est la plus récente, avec pour traducteur André Markowicz, chez Actes Sud, collection Babel.
Cette collection prestigieuse est agréable à manier, le grain des pages est doux au toucher et j'aime beaucoup l'odeur du papier (c'est important, tout de même !). Voilà pour le côté objet de cette édition.
La traduction a duré plus de vingt ans, soit le double du temps qu'a pris l'écriture en russe: vous voyez le travail abattu ! 
La préface de Mickaël Meylac (qu'il est indispensable de lire, car elle apporte des éclaircissements sur le roman et sur la traduction) explique toutes les difficultés à traduire la poésie de Pouchkine en français. André Markowicz a donc tenté "de rapprocher au maximum le vers syllabique du vers russe, syllabo-tonique, bref, de transmettre les particularités de la métrique russe avec les moyens du français." 
Un peu compliqué, certes, mais fort intéressant !

Ensuite, laissez-vous porter par les rimes et l'histoire: c'est une lecture passionnante, enrichie par les multiples notes de bas de pages, qui aident d'ailleurs à surmonter les quelques difficultés de compréhension;par exemple celles concernant les surnoms donnés au personnage, que je n'ai pas tout de suite compris (Eugène Onéguine/Evguéni)... 
D'ailleurs, j'ai pris des notes tout au long de ma lecture, chapitre par chapitre, pour avoir une vision d'ensemble sur l'intrigue. Pour un classique imposant, cela permet de mieux comprendre et de s'en souvenir plus longtemps !

Pour finir en beauté, les annexes et notes du traducteur sont un complément utile pour lire les strophes "retranchées de l'édition définitive", celles qui ont été tronquées; et puis 22 pages d'explications d'André Markowicz sur cette œuvre, sa place dans la culture russe, ses conditions d'écriture.

Pour tous ces points positifs, je trouve cette édition très complète, car elle donne une autre dimension à ce roman !
 "Quoi que j'aie pu, en lieu et place,
Sentir, je ne le ressens plus;
Tout se transforme, tout s'efface -
Dormez en paix, tourments perdus.
J'imaginais indispensables
Les flots nacrés baignant le sable,
L'écho des vagues, le désert,
Et l'Idéale au regard fier
Et l'ineffable du martyre...
A d'autres rêves d'autres temps:
Vous êtes rentrés dans le rang,
Mes jeunes songes, mes délires,
Et, composant mes poésies,
J'ai mis de l'eau dans l'ambroisie."

p.278
Eugène Onéguine peut être défini par de nombreux termes: comédie romantique, mais avant tout drame, évidemment poésie lyrique, mêlant beauté et violence. 
C'est un délice que de se glisser entre ses pages, entre les vers que l'on lit sans même s'en rendre compte, tant la lecture est fluide et douce !


Pour ma part, ce roman-poème m'a donné envie de découvrir la littérature russe, l'opéra, et m'a véritablement ouvert de nouveaux horizons !
Le talent, le génie littéraire d'Alexandre Pouchkine (ainsi que celui d'André Markowicz) sont indéniables et sauront vous convaincre, j'en suis certaine !



6 commentaires:

  1. Un classique que je ne connaissais pas mais pourquoi pas tiens :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je l'ai découvert il y a quelques mois, et c'est une lecture incroyable ! :)

      Supprimer
  2. Ce livre est dans ma wish list grâce à Songe à la douceur également :) Et, tu me rends encore plus curieuse de le lire !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai eu très envie de lire "Eugène Onéguine" dès que j'ai su qu'il avait inspiré "Songe" ! Merci ! :D

      Supprimer
  3. J'ai découvert ce classique grâce à Songe à la douceur et je meurs d'envie de le lire, les extraits que t'as choisi sont super beaux♥

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Moi aussi, c'est une excellente découverte ! *-* Merci, mais j'aurais tout aussi bien pu citer tout le roman ! ♥

      Supprimer