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lundi 11 avril 2016

Camarades de Shaïne Cassim


Contrairement à ce que l'on croit, la beauté d'un âme n'est pas une affaire de milieu social mais d'éducation.

p.202


Camarades de Shaïne Cassim
sortie en 2016, éditions École des Loisirs 
16,50 €, 277 pages, ISBN: 978-2-211-22748-3
Service de presse


Synopsis:

 Dans une forêt enneigée, par moins trente degrés, en Russie, un jeune homme réussit à s’enfuir d’un bagne et à échapper à la police du tsar. 
  Au même moment, une jeune fille qu’on a battue perd connaissance dans une rue de Paris. 
  En Normandie, une autre jeune fille commet un acte irréparable et trahit la seule personne qui lui soit fidèle. 
  Dans un petit village du pays de Galles, un garçon perché au sommet d’un arbre refuse obstinément de descendre. Il comprend qu’il vient de prendre sa vie en main. 
  Ils s’appellent Evguéni, Gisèle, Eulalie, Eddie. Ils ont quinze ans, ils sont seuls au monde, ou presque. Chacun d’eux s’est accroché à un fil fragile que le destin leur tendait tout à coup. 
  Nous sommes en 1870, et, alors que grondent à la fois la guerre et la révolution, ils se rencontrent à Paris, où le pouvoir de Napoléon III met si facilement les gens en prison. 
  C’est là que leurs vies vont se mêler. Et que leurs espoirs vont renaître.

Mon avis:

Shaïne Cassim est l'auteure d'un roman poétique qui avait été une excellente lecture: Une saison avec Jane-Esther (ma chronique ici). On suivait l'évolution artistique d'une jeune fille poétesse: un réel face à face avec le personnage principal, entourée uniquement de la nature, d'une poétesse célèbre, et des recueils d'Emily Dickinson.
Le style léger et détaillée de S.Cassim m'avait conquise: découvrir Camarades me semblait tout naturel.

Ce roman est mystérieux et attirant pour plusieurs raisons. Tout d'abord pour sa couverture représentant une jeune fille de dos, face à une affiche de la Commune et portant une arme, l'ensemble dans les tons violets, renvoyant à une époque que je trouve très intéressante. 

L'Histoire, Shaïne Cassim s'en sert évidemment dans cette intrigue prenant place en 1870, mais pas dans le sens que j'avais imaginé. En effet, la Commune elle-même n'est pas vraiment présente. Elle plane, telle une ombre inquiétante laissant présager de nombreux changements.
Puis, cette période est passée sous silence et les dernières pages se déroulent après les évènements mêmes de la Commune.
Ce décalage entre ce qu'on projette en tant que lecteur lorsqu'on lit le résumé et lorsqu'on admire la couverture, et ce qu'il en est dans le texte est en vérité la clé de ce roman

En effet, l'intrigue est centrée sur de jeunes personnages victimes des effusions de l'époque: Evguéni et Gisèle ont été blessés par la vie, et Eulalie et Eddie sont anarchistes. Ces quatre adolescents sont passés à côté de leur vie pendant trop longtemps et se retrouvent liés, par le biais d'adultes très engagés dans la révolution. 
Les personnages trouvent leur voie par sérendipité. La couverture et le résumé annoncent un univers, mais l'intérieur du roman en est légèrement éloigné, tout comme ces quatre adolescents veulent vivre de nouvelles choses mais n'ont aucune idée de ce qu'ils vont trouver au bout de leur recherche.
Là est l'essence du roman: que vont-ils attendre lors de leur périple, à la fois psychologique, intérieur, et géographique? Quelles sont leurs intentions, celles qui les poussent à agir du plus profond de leur être et qu'ils ne connaissent peut-être pas? 
A ces questions de fond, liées à l'intrigue même du roman, se joignent les questions du lecteur, en rapport avec la première approche du livre: qu'est-ce que je pense trouver à l'intérieur de ce roman, quel message veut faire passer la couverture, qu'évoque-t-elle pour moi? En quoi le résumé m'influence-t-il dans ma façon de juger l'intrigue?

Il me semble que ces remarques sont, certes, assez éloignées: on parle d'un côté du ressenti du lecteur, et de l'autre du parcours initiatique des personnages, propre à chaque roman. Cependant, elles se rejoignent en un point, celui de trouver par sérendipité son chemin, que ce soit celui de la vie ou celui du roman qui nous plaira le plus, qui nous convient le mieux. 
De plus, on peut faire un rapprochement entre le rôle de lecteur et celui de personnage. Un personnage est inventé par un écrivain, qui le façonne à l'image du roman, en lui donnant un style qui se doit, selon moi, de transparaître à travers les outils de promotion du roman: couverture, résumé. De l'autre côté du miroir, le lecteur intervient au moment où le roman est terminé, et où l'intrigue doit à présent trouver le chemin du cœur du public, doit réussir à le toucher.
Les personnages sont donc ces transmetteurs si précieux du message du roman, ces transmetteurs aux lecteurs du souffle policier, historique ou romantique, qu'a voulu insuffler l'auteur à l'ouvrage. 
Lecteurs et personnages sont donc intimement liés, ils se rencontrent à la frontière de la fiction: l'un cherche grâce aux mots à basculer dans un monde nouveau et différent, tandis que l'autre cherche à s'infiltrer dans un quotidien banal pour y apporter une touche d'imaginaire. 

Le fait qu'on l'on puisse noter un parallélisme dans la construction de Camarades entre les objectifs du lecteur et ceux des personnages prouve pour moi que ce roman a tous les atouts pour toucher au plus près le lecteur. 

Ce roman n'est pas uniquement composé de liens et de parallélisme entre divers éléments, heureusement ! 
Si l'on met de côté la technique narrative quelques instants et que l'on se concentre sur l'intrigue, sur les sentiments, sur des détails plus fins et qui font toute la différence, il y a de quoi dire également !
Toute la sensibilité et la force de ce roman sont logées dans les personnages. 
Je trouve que Shaïne Cassim a réussi ce tour de passe-passe de privilégier les personnages principaux, leurs états d'âme et leurs histoires personnelles, tout en donnant de l'importance au second plan (le décor, l'ambiance et les personnages secondaires), ce qui permet d'avoir une intrigue extrêmement riche et parfaitement équilibrée, entre fond et forme.

Ces quatre personnages ont un indéniable point commun: l'envie d'agir, l'envie de liberté, associée à la fougue de la jeunesse. Ils ont cette flamme qui brûle en eux, mais ils arrivent à la contenir, et ce grâce à des adultes qui les prennent sous leur aile très tôt dans leur changement de vie.
Car cette intrigue démarre par des changements de parcours, des claquements de portes, des revirements de situation. 
Alors que ces jeunes auraient pu vivre des moments de flottements, abandonnés à eux-mêmes, en proie à tous les dangers, ils sont ici plus ou moins rapidement pris en charge par des adultes, qui eux vivent leur vie comme ils l'entendent, de manière anarchiste. Et c'est justement ce que recherchent (même s'ils ne le savent pas encore) les personnages. 
Cela met donc l'éducation au centre de tout, au centre même de la révolte contre le pouvoir en place, contre les institutions.  
L'éducation s'impose au centre de la vie et du progrès (et cela justifie mon choix de citation au début de la chronique). 

Au lieu de montrer des adolescents se perdre dans les tréfonds noirs de la révolte, l'auteure nous montre des jeunes vivaces et plein de rêves et d'envies qui sont captés par des adultes responsables mais aussi révoltés qu'eux, qui vont les guider pour qu'ils se battent de manière intelligente et productive.

Leurs mentors adultes vont leur apprendre à s'accepter, à vivre ensemble malgré leurs différences, à unir leurs forces dans un même but. 
En plus des liens qui unissent ces adolescents, il y a, évidemment, les liens entre leurs mentors: tous se connaissent, mais ils sont éparpillés à travers l'Europe.
Ces personnages adultes ont eux aussi une histoire personnelle forte, qui influencent les choix des adolescents, car ils se nourrissent de l'expérience de ces adultes. 
Ce roman parle de jeunes, mais en incluant jeunes adultes et adolescents: ces deux générations se confrontent, se construisent et évoluent en parallèle, prenant chez l'un ce qui est bon et tentant de comprendre et de rectifier grâce à l'éducation ce qui est plus nocif.

Au fil des chapitres - chacun ayant pour narrateur un des quatre adolescents -, on découvre leur personnalité, leur histoire, et surtout, on comprend ce qui les a déterminé à quitter leur vie d'enfant pour se lancer dans l'inconnu, ainsi que ce à quoi ils se destinent.
Eddy est très déterminé et engagé, comme Eulalie, car ce sont deux personnages qui ont été maltraités, malmenés, incompris, dans leur passé. Un jour, ils décident de dire non, et ils s'enfuient de leur enfer familial.
Les deux autres personnages, Evguéni et Gisèle, ont eux aussi été maltraités par la vie, mais c'est directement leur futur mentor adulte qui leur offre une lueur d'espoir. De manière plus globale, ces deux personnages voient leurs horizons s'éclaircir grâce à un signe, une main tendue.

Ce roman est bel et bien un entrelacs de fils reliant les uns aux autres, reliant la couverture au parcours des personnages.... Tous les liens possibles et inimaginables sont contenus dans ce roman, et loin de paraître fastidieux et compliqué, c'est tout simplement incroyable et terriblement intéressant ! De plus, je vous rassure, la lecture se fait facilement et ces liens ne peuvent être découverts qu'après, uniquement si vous souhaitez décortiquer ce roman et l'analyser plus en profondeur.


Comme il va bien falloir résumer cette longue chronique, voici quelques mots: 

Camarades est un roman porté par un souffle historique et révolutionnaire, et par un style littéraire simple et très agréable à lire. Shaïne Cassim adapte son écriture à chaque narrateur, ce qui permet de côtoyer des personnages tous différents et attachants.
Une excellente lecture !


2 commentaires:

  1. Je viens de le terminer et je suis en tous points d'accord avec toi ! J'ai trouvé les personnages bouleversants, l'époque à laquelle ils vivent superbement décrite, et les liens qui les unissent passionnants à découvrir !

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